Pour un fan de John Carpenter, ne pas avoir vu Halloween relevait de l'hérésie. C'est pourquoi dès hier soir, seul et dans le noir, je me suis attaché à réparer cette erreur de cinéphile. Dès les premières minutes, celles qui s'occupent du meurtre séminal du petit Mike Myers, le ton est donné : caméra subjective qui vient surprendre les jeux amoureux d'adolescents, petite musique qui ponctuera chaque apparition de l'assassin, voyeurisme du spectateur adoptant le point de vue du tueur, angoisse diffuse qui vient recouvrir l'apparente tranquillité du domicile familial (le mal est intérieur à la cellule familiale, donc à la communauté). Car il s'agit bien de cela, d'une force obscure, d'une incarnation du Mal qui vient perturber le confort d'espaces rassurants, ceux que constituent la maison, la chambre ou la tranquille banlieue. Ce qui m'a sans doute le plus frappé ici, c'est la manière dont Carpenter construit son « héros » comme figure fantomatique (en fait, rien d'étonnant si on se penche de près à l'oeuvre du maître). La maison des Myers, abandonnée depuis le meurtre initiale, n'est-elle pas décrite comme « hantée » ? Finalement, Mike Myers, en s'échappant de l'asile qui le retenait, ne fait que revenir occuper l'espace qui était le sien. Mike Myers apparaît puis disparaît avant de réapparaître, le tout n'a finalement pas de fin, Jamie Lee Curtis a beau le poignarder à plusieurs reprises, rien n'y fait et c'est précisément là que vient se loger la teneur fantastique du film. Il suffit de voir comment le tueur apparaît dans le cadre, sortant du noir, se révélant littéralement sur la pellicule (un visage blanc sur fond noir). La peur diffuse qu'il imprime sur l'espace est telle que Carpenter suggère, dans les derniers plans désertés du film, qu'il est encore là, manière d'illustrer très concrètement la valeur symbolique du tueur : il est une force maléfique dont l'action excède tout principe de compréhension et de rationalité (on est donc bien plus dans un film fantastique que dans un film d'horreur
). Il faudra toute la force d'une jeune fille pure pour mettre un terme (temporaire ?) à la tuerie. C'est bien connu, dans ce genre cinématographique, mieux vaut être vierge que déflorée
Inventive, brillante dans sa manière, par exemple, de construire la relation du premier au second plan, la mise en scène rappelle et appelle la filiation avec Hitchcock : suggestion, jeu sur l'alternance subjectif/objectif, travail sur la dialectique du voyeurisme. On peut aussi noter qu'il y a déjà (bien avant Scream) une volonté de mettre en abîme le genre : les personnages jouent tous à se faire peur, les enfants regardent des films d'épouvante etc. Il est d'ailleurs amusant de retrouver sur un écran de télé quelques images de The Thing de Howard Hawks dont Carpenter tournera un génial remake quelques années plus tard. Voilà en tous cas un film qui, selon moi, n'a pas vieilli, notamment parce qu'il excède très largement le genre auquel il appartient et parce qu'il reste une incroyable leçon de mise en scène !
Derniers commentaires